La Loi du Bonheur – Josiane Goncalves

Felicidade. C’est ainsi que Sabedoria, le vieux sage, avait prénommé l’enfant qu’il avait recueilli quinze ans plus tôt et qui – au vu du tatouage emblématique gravé sur son bras gauche – était issu du peuple des « Eternels Insatisfaits ». Ce nom lui était venu comme ça, comme une évidence ; un pied de nez au destin et aux membres de la communauté dont la façon d’agir et de penser les vouaient au malheur.

Voulant extraire l’enfant de ce qui semblait être un triste destin, Sabedoria s’était appliqué à lui enseigner la Loi du Bonheur ; et s’il avait craint, un temps, que la propension innée de Felicidade l’empêche d’être heureux, il s’était vite réjoui des capacités d’apprentissage de son élève.
Au fil des années, lui et Suavidade – sa femme qui l’assistait dans son entreprise – avaient vu l’enfant s’épanouir et s’ouvrir au bonheur. Felicidade souriait, appréciait chaque petite chose de la vie et savait en tirer le meilleur, n’éprouvait plus de rancœur envers le peuple qui l’avait rejeté, et savait faire preuve d’une bienveillance spontanée quand l’occasion lui en était donnée.
Il n’en restait pas moins un adolescent qui se décourageait parfois devant l’ampleur de la tâche. Il fallait alors toute la diplomatie de Suavidade pour calmer l’intransigeance du Maître face à la baisse de volonté de son élève. Et c’était justement le cas ce jour-là. Felicidade était parti bouder en arguant que « décidément, il n’en pouvait plus » et Sabedoria fulminait en se confiant à Suavidade.
– Je te dis qu’il faut plus de volonté qu’on ne croit pour accéder au bonheur ! S’il ne comprend pas cela, il n’y parviendra pas, dit-il à sa femme.
– Mais il l’a compris, sois en certain ! Il a juste besoin de se rebeller, de n’en faire qu’à sa tête… C’est de son âge après tout. J’ai confiance en lui, moi.  Je suis sûre qu’il a tout assimilé et qu’il connait par cœur les règles que tu lui as inculquées…
– Ah oui ? Eh bien nous allons voir ! Approche un peu mon garçon, et voyons ce que tu rétorquerais au différentes communautés du peuple « Des Eternels Insatisfaits ».
Felicidade avança en marmonnant et se campa devant le sage en cranant.
– Commençons par le clan des Pessimistes. Que leur dirais-tu pour qu’ils ne voient pas que le mauvais côté des choses ? Pour qu’ils deviennent acteurs de la situation plutôt que de la subir ?
– « Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réaliste ajuste ses voiles » *.
– Bien ! Maintenant que rétorquerais tu aux Nostalgiques qui ne savent profiter du temps présent ?
– « Il ne faut pas être triste de ce que l’on a perdu, mais plutôt se réjouir de ce que l’on a eu ! »
– Et aux Blasés-Fatalistes ? Tu leur raconterais quoi pour qu’ils reprennent goût à la vie ?
– Que « Le bonheur vient de l’attention prêtée aux petites choses, et le malheur de la négligence des petites choses »**. Je rajouterais aussi que la volonté de l’homme est plus forte que la fatalité, et leur citerais la phrase de Tolstoï « Si vous voulez être heureux, soyez le ! ».
A chaque réplique de l’enfant, Suavidade le regardait avec amour et se tournait d’un air entendu vers Sabedoria qui cachait mal sa satisfaction.
Mis en confiance par ses bonnes réponses et par la fierté qui se lisait sur le visage du maître et de sa femme, Felicidade enchaîna sans attendre
– et aux membres du clan des Rancuniers, je leur ai dit que je les avais pardonnés, que la rancune se transforme souvent en vengeance mais que la vengeance garde les blessures ouvertes et que…
– Ah ça par exemple ! Aux Rancuniers ! Tu as parlé aux Rancuniers ! Ne t’avais-je pas interdit de les approcher ? Ne t’avais-je pas dit que pardonner c’est se libérer du passé mais ce n’est pas oublier ? Quel besoin avais-tu d’aller à la rencontre de cette tribu néfaste ?
– Mais je ne les ai pas abordés ! Ils sont venus à moi quand je suis parti bouder. Ils m’ont écouté eux au moins et ils m’ont compris !
– Ah grand sot ! Comme ils doivent se réjouir ! Ne vois-tu pas qu’il se sont servis de toi pour se venger de moi et mettre à mal tout ce que je t’ai inculqué pour te donner accès à un bonheur qu’ils ne connaîtront jamais ? Tiens, regarde les venir ! Les entends-tu se gausser de notre dispute et de ta naïveté ?
Felicidade n’eut pas le temps de répondre. Sabedoria et Suavidade le prirent par la main et l’emportèrent loin de l’écho des rires haineux des « Rancuniers », membres du peuple des « Eternels Insatisfaits ».* William Arthur Ward
** Proverbe chinois
NB : en portugais Felicidade veut dire bonheur / Sabedoria veut dire sagesse / Suavidade veut dire douceur

 

Organisme de formation référencé
N° de déclaration : 54860123986
Cet enregistrement ne vaut pas agrément de l’Etat

37 rue des Quintus – 86190 Quinçay (15 km de Poitiers – France)
Tel : +33 – (0)5 49 44 27 69

Contactez-nous