Un mardi comme les autres – Léa Lutinet – 2eme marche du poduim

Sur la deuxième marche du podium, une nouvelle de Léa Lutinet, actuellement en 2ème année de formation d’écrivain avec  une note de 2,.8  et 2 commentaires de ses pairs

UN MARDI COMME UN AUTRE (SUITE DE MES MUSES)

 

« Non, tu dois blanchir les jaunes. Ensuite, tu mets les blancs en neige.

— Mais Poly, ça fait deux heures que je mélange…

— Persévérance, Chloé !

— D’ habitude, c’est toi qui fais le petit-déj’…

— Exactement ! D’où mon planning. Ça s’appelle une répartition équitable des tâches ménagères.

— Je devrais être en train d’écrire…

— Sauf que pour ça, t’as besoin de tes Muses et nous, on travaille pas l’estomac vide. »

Je m’apprête à rétorquer lorsqu’un bruit sourd à l’étage m’interpelle.

« C’est pas vrai, qu’est-ce qu’elles ont fait encore, ces débiles… » je marmonne, laissant tomber mon fouet pour monter les marches deux par deux.

En travaillant avec les Muses, je pensais avoir tout vu. J’avais tort. Car si celles-ci sont difficiles à gérer, ce qui m’attend derrière la porte de ma chambre est une toute autre chose.

Une femme est allongée par terre, le visage recouvert d’une longue chevelure foncée. Je ne la reconnais pas mais je sais qu’elle n’est pas une Muse. Alors qu’elle se lève en titubant, je me place entre elle et Polymnie de façon protective. Quand je vois son visage, je n’ai plus aucun doute. Des yeux noirs comme du charbon, une peau abîmée par le froid, des lèvres gercées, mais surtout, le coquillage dans sa main gauche…

« Marie-Jeanne ? »

Soudain, je me retrouve projetée contre le mur, un couteau sous la gorge. Littéralement. Polymnie laisse échapper un cri aigu.

« Comment tu connais mon prénom ?

— Tu vas trouver ça drôle, dis-je avec un rire forcé, mais je suis ton auteure. J’écris des livres et… t’es mon personnage principal.

— Putain, mais t’es shootée à quoi, toi ?

— C’est vrai, intervient Polymnie. Je m’appelle Polymnie, Muse des hymnes. J’aide Chloé dans son travail. »

La jeune femme m’observe, comme cherchant un tic sur mon visage, ou attendant le moment où je m’écrierais « Bah ! Je t’ai bien eue ! C’est une blague ! ». Je m’efforce d’avoir l’air plus calme que je ne le suis.

« Tu ne sais rien de mon histoire, dit-elle finalement.

— Laisse-moi deviner. Récemment orpheline, forcée à partir dans une quête suicidaire afin de sauver le monde d’une menace surnaturelle, espérant par la même occasion mettre la main sur celui qui a tué tes parents ? Oh, et, t’as été bénie par Zeus. Ça, c’est cadeau. Y’a pas de quoi. »

Marie-Jeanne recule de deux pas, ne me lâchant pas des yeux. Je peux enfin reprendre ma respiration.

« Comment tu sais tout ça ? Demande-t-elle plus calmement.

— C’est moi qui en ai eu l’idée.

— Tu veux dire que l’enfer dans lequel je suis depuis trois mois, t’en es la responsable ?

— Ben… Sans vouloir t’offenser, t’existes pas. T’es fictive.

— J’ai l’air fictive pour toi ?! »

Je m’écarte avant qu’elle n’ait la chance de me coincer contre le mur une nouvelle fois.

Après plusieurs secondes de silence, Polymnie se racle la gorge. « Je vais aller finir les pancakes, moi… »

Puis, elle disparait à travers la porte. La dernière chose dont j’ai besoin maintenant, c’est d’une bande de Muses affamées sur les bras.

« Marie—

— Dis, m’interrompt-elle, pendant que je suis là, t’aurais pas une boîte à suggestions ?

— Une boîte—

— Ouais, genre “ne pas tuer tous les amis d’MJ”, “ne pas l’enfermer dans une grotte avec le psychopathe qui a assassiné ses parents”, des trucs dans le genre. Oh, et “ne pas poignarder l’amour de sa vie juste devant ses yeux” !

— Tu la connais depuis trois mois—

— Elle est en train de se vider de son sang et toi, tu me dis ça ?

— Désolée, c’est juste que—

— Je m’en fous ! Renvoie-moi dans mon monde que je puisse la sauver ! »

Sentant une migraine approcher, je masse mes tempes de mes index et majeurs. Comment en suis-je arrivée là ?

« Tu viens d’un portail inter-dimensionnel, correct ? »

Elle hoche la tête.

« Tu peux pas en faire un nouveau ?

— Bah non, parce que tu m’as donné qu’un seul coquillage inter-dimensionnel et que je me suis fait voler ma magie. Sérieux, tu voudrais pas me foutre dans un fauteuil roulant, pendant que t’y es ?

— C’est ça, l’écriture, il faut pas que ce soit trop simple. Mais je note l’idée du fauteuil pour plus tard.

— Bah tu sais quoi ? Moi, ça me dérangerait pas un peu de simplicité pour une fois !

— Je suis désolée—

— Arrête de t’excuser ! Dis-moi juste comment sortir de ce taudis ! »

— Je ne peux pas, dis-je en tentant de ne pas prendre l’insulte personnellement. Si tu connais le futur, tu risques de le modifier—

— Mais je m’en bats les couilles, moi, de ton futur à la con ! Si Alex meurt, y’aura plus de futur à modifier parce que ce connard d’Illusionniste aura détruit ma putain de planète !

— Écoute, calme-toi—

— Me dis pas de me calmer. Je suis sûre que t’es comme moi. Tel auteur, tel personnage. Je sors de toi, non ?

— Alors, je formulerais pas ça de cette façon, mais— »

En voyant l’expression sur son visage, je m’arrête tant que je le peux. Elle a raison. Tout comme Marie-Jeanne, mon stress se manifeste sous forme de colère. Et tout comme moi, une seule personne pourrait la calmer ; dans son cas, Alex.

Un bruit fracassant retentit au rez-de-chaussée. J’en avais presque oublié les Muses avec toute cette histoire. J’hésite entre être reconnaissante envers cette interruption et terrifiée à l’idée de ce qui m’attend en bas.

En arrivant en bas, Marie-Jeanne sur mes talons, deux Muses sont sur le point de s’entretuer. Des morceaux de verre jonchent le sol du bureau.

« C’est-elle ! s’écrie une Muse en pointant une autre du doigt.

— Non d’un petit pois, Chloé, c’est Marie-Jeanne ? »

Soudain, on pourrait entendre une mouche voler.

« Chloé, qu’est-ce que t’as fait ? dit Euterpe, brisant le silence.

— Pourquoi t’insinues tout de suite que c’est ma faute ?

— Parce que ça l’est souvent. »

Je m’assieds à mon bureau avec un soupir, Marie-Jeanne à mes côtés.

« Les filles, aujourd’hui, on va faire quelque chose de différent. On va fabriquer un coquillage inter-dimensionnel.

— Sachant qu’on vit dans un monde sans magie, que la magicienne s’est fait voler la sienne et que, donc, en gros, on est baisées d’avance ? récapitule Thalie.

— En gros, ouais.

— Heh. Un mardi comme un autre, quoi. »

 

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